
Affaire Bettencourt : Financement illicite de la campagne présidentielle 2007 de Nicolas Sarkozy ?
Dans un livre sorti jeudi 1er septembre, et dont des extraits ont été publiés mercredi dans la presse, deux journalistes du quotidien Le Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, citent la juge Isabelle Prévost-Desprez, un temps saisie d’un volet de l'affaire Bettencourt. La magistrate accuse le Président Nicolas Sarkozy d'avoir reçu d’importantes sommes en espèces avant son élection à la tête de l'État en 2007. Elle affirme que l'ancienne infirmière de la milliardaire Liliane Bettencourt, héritière des cosmétiques L'Oréal, avait confié à sa greffière, après son audition : « J'ai vu des remises d'espèces à Sarkozy mais je ne pouvais le dire sur procès-verbal ».
Interrogée mercredi 31 août, la présidence française a répliqué que ces accusations étaient « infondées, mensongères et scandaleuses ». Ce n'est pas la première fois que des soupçons de financement illicite de parti politique planent au-dessus de la droite, à propos du financement de la campagne présidentielle de 2007. L'ex-comptable des Bettencourt, Claire Thibout, avait déclaré avoir eu connaissance d'une remise de fonds via l'ancien ministre Eric Woerth, depuis débarqué du gouvernement. Elle avait également évoqué de nombreuses remises d'espèces au profit de diverses personnalités politiques, dont Nicolas Sarkozy, sans en avoir été directement témoin.
Alors qu’elle se dit « frappée » par « la peur des témoins », Isabelle Prévost-Desprez sort de son droit de réserve et place l'infirmière de Liliane Bettencourt dans une situation délicate. La magistrate risque également des sanctions disciplinaires. « Je suis blacklistée […] Encore une fois, je ne bougerai pas. J'ai des principes intangibles : pour tout le monde, la même justice », dit-elle.
C'est désormais aux juges d'instruction de Bordeaux, actuellement chargés du dossier, qu'il revient de prendre l'initiative d'entendre l'ancienne infirmière de Liliane Bettencourt et Isabelle Prévost-Desprez. Cette dernière avait été, un temps, saisie de l'affaire Liliane Bettencourt, quand la fille de l'héritière des cosmétiques L'Oréal avait lancé en 2007 une procédure contre un photographe et écrivain mondain, l'accusant d'abus de faiblesse sur sa mère, âgée aujourd'hui de 88 ans.
Après la divulgation d'enregistrements pirates de conversations entre la milliardaire et son entourage, impliquant le pouvoir politique, la juge avait ouvert des enquêtes complémentaires, lui permettant, entre autres, de réaliser des auditions de témoins. L'ensemble du dossier a finalement été confié, à l'automne 2010, à des juges de Bordeaux, en raison d'un conflit notoire entre la juge et le procureur de Nanterre, Philippe Courroye, réputé proche du Président Nicolas Sarkozy. Selon Madame Prévost-Desprez, « ce procès représentait pour l'Elysée un risque majeur, il y avait 90% de chances pour que ce soit déflagratoire. Il fallait me faire dessaisir, par tous les moyens. Il était impératif de me débarquer ».
La classe politique n'a pas tardé à réagir à ces révélations. La chef du Parti socialiste, Martine Aubry, a immédiatement dit souhaiter l'ouverture d'une enquête sur les propos de la juge. Son rival pour l'investiture du parti pour la présidentielle de 2012, François Hollande, a jugé qu'il y avait « trop de pression » de l'Elysée sur la justice, évoquant « une cellule qui, avec la police et avec la justice, ferait pression pour que des affaires soient lancées et d'autres étouffées ».
URL : www.partiantisioniste.com/articles/873
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